Bonjour et bienvenue dans mon petit bout d'univers.

Bonjour et bienvenue dans mon petit bout d'univers.
Brrrrrrrr, il fait très froid ces temps-ci...Pour les longues soirées au coin du feu, vous trouverez ici de quoi lire et vous détendre. Il suffit de fouiller dans les archives et de choisir. Bonne lecture!.

la dentelle aux fuseaux

la dentelle aux fuseaux
Voici mon cadeau d'anniversaire offert par mon mari et mes enfants. C'est aussi la raison pour laquelle je n'écris pas grand chose de neuf en ce moment... Ce carreau a été fabriqué par M. Noël Mazet qui fabrique et restaure les métiers des dentellières, précieux homme dont le joli prénom préfigure la gentillesse.

Petit carreau du Puy-En-Velay

Petit carreau du Puy-En-Velay
Comme je n'en ai jamais assez, je travaille aussi sur ce ravissant carreau déniché lors d'un couvige au Puy-en-Velay. (réunion/ exposition-ventede dentellières)

Mon chantier du moment: c'est un "brise-bise" pour une petite fenêtre.

Mon chantier du moment: c'est un "brise-bise" pour une petite fenêtre.
Pour gérer autant de fuseaux, il faut s'organiser!

Travail de patience...

Travail de patience...
Les rigueurs de l'hiver me donnent le temps de m'y consacrer.

Ce modèle est terminé depuis peu.

Ce modèle est terminé depuis peu.

Je continue quand même le crochet.

Je continue quand même le crochet.

Idem pour la peinture et la broderie.

Idem pour la peinture et la broderie.

Jean-Paul: mon photographe préféré

Jean-Paul: mon photographe préféré
Il me supporte depuis plus de 35 ans et réalise toutes les photos de ce blog. C'est dire comme il m'est indispensable!!!

Un endroit chaleureux: chez Marie et Paul.

Un endroit chaleureux: chez Marie et Paul.
Les flammes lèchent les parois du four à pain installé à l'intérieur de la maison. Quand la danse sera finie, on retirera les braises et la cuisson pourra commencer. Si le coeur vous en dit, vous pouvez trouver là un lieu de vacances réparateur. (cliquez sur la photo pour trouver les références)

Paul surveille le feu, les braises vont bientôt être prêtes.

Paul surveille le feu, les braises vont bientôt être prêtes.
Au risque de me répéter: cliquez sur la photo si vous voulez trouver la location! (Je ne suis pas leur agent publicitaire, je suis simplement leur amie et je les aime...)

Murol (Puy-de-Dôme)

Murol (Puy-de-Dôme)
Ce joli ballon survole le village de Murol où j'ai passé de belles vacances et où quelques amis m'attendent. Cliquez sur la photo pour découvrir le site dédié aux artistes de la région, vous m'y trouverez à la page "Pascale B." Merci à Danielle et Câline qui ont initié "Murol Terre des Arts".

Les feuilletons:

Ce blog est opérationnel depuis décembre 2007, je vous y propose mes romans (non édités) en feuilletons, mes contes, mes textes divers et variés.
Pour trouver les textes désirés, cliquez dans les archives (à gauche de l'écran) sur la date indiquée.
Ex: pour trouver "Le grand argentier", cliquez sur "juin 2009". Puis, descendez sur les messages sous l'article "mise en garde".

Le premier feuilleton (déc 2007) fait suite à une nouvelle que je vous ai livrée à partir de mars 2010 intitulée "dernier vol". Tout cela est un peu mal rangé, c'est vrai mais je n'ai pas trouvé comment faire pour remettre de l'ordre... Je vous fais confiance pour vous y retrouver!

Le 2ème feuilleton se passe à Blandy-les-Tours (Seine-et-Marne). C'est un polar mettant en scène mes héros habituels. Vous pouvez le lire intégralement. 1er épisode octobre 2008.

Troisième ouvrage, toujours sous forme de feuilleton:
"Le chevalier des courtes pattes."
C'est un roman pour les enfants, il se passe autour et dans le château de Murol (Puy-de-Dôme).
1er épisode en mars 2009.

Trois contes pour petits et grands (juin 2009):
"Les chaussettes amoureuses"
"Le troquet du coin"
"Le grand argentier"

"Vengeance amère en Lozère".
Encore un roman policier avec mes héros préférés!
1er épisode le 03/07/2009.

Divers textes et nouvelles, premier texte le 29 janvier 2010. (Ils se lisent rapidement)

"Dernier vol", c'est l'histoire qui précède le premier feuilleton de ce blog. 1er épisode en mars 2010.

Mise en garde:

Si vous désirez laisser un commentaire, suivez la procédure! (c'est un peu embêtant mais incontournable)
Mes textes vous sont offerts gratuitement sur ce blog cependant, ils sont soumis à des droits d'auteur et leur utilisation en dehors de mon consentement est interdite.
Même chose pour les photos!!!! Alors, contactez-moi au cas où une envie furieuse de vous servir vous submergerait.
Merci pour votre coopération.
Pascale B.

12/11/11

Anecdote scolaire:

Je continue sur ma lancée!

Faute de langage


Peut-être parce que Noël approche, mes pensées continuent à rejoindre les enfants de mon école…
Cette fois-ci, ma patience a été bousculée mais s’est rétablie sur un grand éclat de rire :
J’avais suivi mes élèves de CP jusqu’au CE1 ; j’aimais faire ainsi quand les circonstances s’y prêtaient.
Un petit garçon avait gardé la mauvaise habitude de dire : « J’m’ai trompé » quand il découvrait une erreur dans son cahier. Je préfère ne pas savoir comment il aurait orthographié cette expression, l’imagination des petits étant sans limite. L’un d’entre eux (plus grand) avait définitivement brisé mes rêves quelques années auparavant en répondant à un contrôle d’Histoire comprenant dix questions : « chaipa »… Il avait consciencieusement écrit sa réponse dix fois, sans se décourager le moins du monde.
Mais, revenons à mon petit CE1 que je reprenais inlassablement depuis deux ans en corrigeant son exclamation :
-JE ME SUIS trompé ! martelai-je patiemment.
Nous étions en fin d’année scolaire et le garçonnet était resté en classe pendant la récréation pour terminer un travail sans doute très important. (Je n’ai jamais aimé sacrifier les moments de jeux.)
Tout à coup, je l’ai vu lever la main en se levant à demi :
-Maîtresse, j’m’ai….
Il s’est interrompu en me fixant d’un regard effaré, mon souffle s’est arrêté.
-J’m’ai gouré, a-t-il rectifié avec un soulagement non dissimulé.
Un grand vide s’est fait dans ma tête, je suis restée quelques secondes pantoise et j’ai éclaté de rire. Quel bon moment !
Les enfants apprennent comme cela, en se « gourant ». Comment aurais-je pu en vouloir à ce petit bonhomme maladroit ?
-Rassure-toi, je ne moque pas, tu viens au contraire de me faire un beau cadeau, c’est tout. Pour ta gouverne, sache que tu dois dire : « Je me suis trompé ».
-Ah oui, c’est vrai.
Je l’ai envoyé jouer avec ses copains et je me suis dépêchée d’aller raconter l’anecdote à mes collègues car, le savez-vous ? Les enseignants encore en bon état nerveux sont friands de ce genre d’aventure.
« Cent fois sur le métier remettons notre ouvrage », j’ai, depuis, faite mienne cette expression en y ajoutant : « et restons zen. »
Patience et longueur de temps…

08/11/11

Encore un texte.

Bonjour! Comme d'habitude, vous pourrez retrouver ce texte sur le site de Murol. (voir photo du ballon)

Réflexion enfantine


Mon métier d’institutrice m’a apporté beaucoup de joies, beaucoup d’inquiétudes, d’immenses satisfactions, des déceptions, des chagrins… Bref : c’était un travail de vie.
J’ai le plus souvent accompagné les petits qui apprenaient à lire, les gardant parfois pour leur classe de CE1.
Âge passionnant au cours duquel les yeux s’ouvrent, les esprits s’éveillent et les questions fusent de toute part. A Six ou sept ans, les enfants sont rarement blasés, ils s’intéressent à tout, se lancent dans à peu près toutes les activités pourvu qu’elles soient gentiment proposées. Leurs réflexions sont généralement savoureuses et je regrette de ne pas les avoir notées toutes.
En voici une que je garde précieusement en mémoire :
Il s’appelait Ben, 7ans, et faisait partie de mes professionnels de la récréation. Le temps passé en classe n’offrait que peu d’intérêt pour ce petit bonhomme des rues qui ne disposait sans doute pas d’endroit calme où poser ses cahiers quand il rentrait chez lui. Pour ce genre d’enfant, la vie n’a de consistance que dehors.
Ce matin là, je venais de parler du temps qui passe quand la sonnerie de la récréation avait retenti. Une grosse frise chronologique était affichée au-dessus du tableau ; j’y avais marqué les années de naissance de mes élèves, la mienne, celles de leurs parents et de leurs grands-parents (approximativement). Une grosse flèche rouge indiquait le sens du temps. Il s’agissait de prendre conscience qu’il y avait un « avant », un « maintenant » et un « après ».
Je posais ainsi les premières pierres menant vers la conjugaison. Les maîtres d’école ont toujours une idée derrière la tête…
Habituellement, quand la musique salvatrice retentissait, Ben se ruait vers la porte, se chargeant de mener les autres vers la liberté tant attendue.
Pour une fois, contre toute attente, il était resté assis à sa table, contemplant intensément mes affichages colorés.
-Et bien, tu ne vas pas jouer avec les copains ?
L’enfant me regardait sérieusement :
-Quand je serai grand, tu seras morte, m’a-t-il asséné gravement.
-Quand tu seras grand, je serai vieille, ai-je rectifié du tac au tac.
Un silence chargé d’intense réflexion de part et d’autre a suivi…
-Quand je serai vieux, tu seras morte, a-t-il affirmé avec encore plus de sérieux.
-Oui, quand tu seras un vieux pépé, je serai morte, c’est sûr.
-Oui…
Le petit garçon constatait sans joie la vérité de son affirmation.
-Tu seras enfin débarrassé de moi, ai-je cru bon de conclure en riant.
-Oh non maîtresse !!!
Brave petit Ben, gentil garçon qui m’envisageait comme une figure adulte incontournable. Il ne désirait pas ma mort, il se calait simplement avec la réalité du temps qui nous enveloppe. Ce temps que nous oublions trop souvent.
Voilà pourquoi j’ai aimé mon métier en dépit de tous les moments difficiles qu’il peut réserver. Ce genre d’instant véritable justifie et récompense tous les efforts, toute l’affectueuse attention dont nous devons entourer nos petitous.
-S’il te plait, Ben, conserve bien tous tes cahiers, ils sont remplis de bonnes appréciations et tes petits enfants seront impressionnés de découvrir que leur vieux pépé travaillait bien à l’école. N’oublie pas.
- C’est promis Maîtresse.
Il a couru vers la joie de vivre, j’ai plissé un peu mes yeux pour le suivre jusqu’au fond de la cour de récréation.
Encore une ride pour moi mais cette ride là était bonne à prendre.
Merci Ben, j’espère que tu tiendras parole.

07/11/11

Je reprends mes petits textes:

Bonjour à tous,
en parallèle avec le site de Murol, voici mon dernier petit texte, né d'une sortie amusante à Montluçon avec le club de mon village. C'était étonnant et très sympa.
Bonne lecture!


Etrange rencontre

Le club des Anciens de mon village, auquel j’appartiens, m’a donné l’occasion de faire une surprenante rencontre :
Il était convenu d’assister à un déjeuner-spectacle proposé par un cabaret dont les artistes sont en majorité des « transformistes ». Qu’est-ce que cela ? Je ne me suis pas penchée sur mon dictionnaire pour résoudre l’énigme et j’ai suivi ma « troupe » en toute sérénité. Je suis d’une nature confiante.
Surprise !
De jeunes hommes en costume-cravate, cheveux très courts, accompagnés de deux ou trois jeunes filles vêtues de tailleurs pailletés du plus bel effet nous attendaient à l’entrée de la salle. Jusque là, rien de surprenant, il s’agissait d’un lieu de spectacle où les strass et les paillettes sont de rigueur. En levant les yeux vers eux pour les saluer, le ton du divertissement nous a alors été asséné avec une brutalité souriante : les garçons étaient tous outrageusement maquillés, leurs lèvres et leurs yeux scintillants nous invitant aimablement à prendre place autour des tables dressées à notre intention. « OUPS…. »
J’ai souri, amusée, observant la réaction de mes compagnons âgés qui, pour la plupart, ont passé leur vie de labeur à travailler la terre dont les marques sont restées gravées au creux de leurs mains calleuses ; ces hommes robustes, courageux et simples se trouvaient soudain confrontés à d’autres hommes dont la fonction est de paraître le plus exagérément possible. Comment mes amis allaient-ils réagir ?
Le plus simplement du monde : ils ont poliment ôté la casquette, les autres se sont respectueusement inclinés. Les anciens savent se tenir, seuls leurs yeux moqueurs trahissaient leur surprise mêlée de gêne et d’amusement.
Nos comédiens mi-hommes, mi-femmes, nous ont servi un bon repas avant de nous offrir un spectacle ahurissant de costumes plus flamboyants les uns que les autres (costumes confectionnés par l’un d’entre eux !) Ils ont chanté et dansé sur des musiques populaires ; parfois émouvants, souvent amusants, toujours étonnants. J’ai vu défiler des perruques, des robes miroitantes, des boas multicolores, des coiffes hallucinantes. Tout était brillant, immense, tapageur avec, au milieu de cette exubérance, de petites perles de tristesse qui parvenaient parfois à mouiller nos yeux.
Sous le fard et les plumes, de quoi pouvait bien être faite la réalité des cœurs ? Impossible à dire. Le factice est loi dans ce genre d’endroit, le seul homme d’apparence « normale » était un magicien, c’est dire ! Je suis cependant à peu près certaine d’une chose : les artistes étaient sincèrement contents de nous présenter leur spectacle. Les tonnes de maquillage ne masquent pas tout.
La troupe nous a raccompagnés jusqu’à notre car et j’ai bien ri en contemplant l’étrange rencontre entre les passants ordinaires absorbés par leurs occupations pressées et nos géants emplumés, éblouissants de couleurs lumineuses, perchés sur leurs chaussures dont les talons aiguille n’en finissaient pas. Deux mondes incompatibles se sont alors côtoyés pour quelques fugaces instants. Les poupées monstrueuses nous ont gratifiés de bruyants adieux, les passants sont passés…
Quant-à moi, je me suis fabriqué un bien bon souvenir.

23/06/11

Pour mes lecteurs:

Bonjour à tous!
Je viens de faire éditer un recueil de mes petits textes parus ici et sur le site de Murol. J'ai utilisé les services de "The Book Editions". Cela ne m'engage à rien sachant que je ne serai pas diffusée au delà de mon blog.
C'est surtout l'occasion de réunir mes textes en un petit recueil papier ou PDF des fois que certains aient envie de les avoir sous la main.
Voici donc une "bannière" que le fabriquant de livres m'a donnée:

Le livre Petits messages d\'Auvergne

Je m'y suis choisi un autre "pseudo" pour ne pas interférer avec un ancien éditeur que je ne contacte plus.

A bientôt pour d'autres écrits!
Pascale B

13/06/11

Pour ceux qui ne vont pas sur le site de Murol:


Décidément, ma petite crèche commence à dater, voici donc un texte que vous n'avez peut-être pas eu l'occasion de lire sur ma page du site de Murol.
Je me consacre surtout à mes travaux manuels et l'écriture en souffre...
Merci pour votre patience!


Les petites mains (Pour Nicole)


On les appelait aussi les « Midinettes », ces jeunes filles qui accomplissaient les coutures, les broderies fines demandées (exigées) par les grands couturiers. Existent-elles encore ?
Leurs doigts agiles étaient capables de prodiges : des dentelles d’une finesse inimaginable venaient, grâce à elles, orner les robes somptueuses qui ne leur étaient pas destinées.
Les machines n’ont pas pu les faire totalement disparaître car « la manière » ne peut être apprivoisée : les mécaniques n’ont pas d’âme. D’autres magiciennes leur ont succédé, de plus en plus rares…
Le savoir-faire est toujours vivant cependant, comme pour la dentelle qui perdure au sein des familles, loin des ors et des lumières, entre les mains des héritières, celles qui aiment fabriquer du « beau ». Ces dernières se contentent de la lumière du jour. Elles exposent leurs œuvres lors de fêtes villageoises, heureuses d’en faire profiter leurs associations à but non lucratif.
Il faut s’appliquer, essayer, patienter, s’approprier les gestes calmes indispensables à la manipulation des fils, des laines et des tissus. Les outils depuis le crochet en acier n° 0,75 aux aiguilles à tricoter n°15 en passant par les aiguilles à broder diverses et variées, les ciseaux, les pinces, les perles, les rubans de toutes sortes n’ont pas de secret pour elles. Les merceries en voie de disparition leur font trop souvent défaut mais elles savent se débrouiller, en échangeant, en transmettant. Grâce à elles, un patrimoine inestimable ne disparaitra jamais. Il échappe à la « mondialisation », il est vivant et s’enrichit sans cesse. Combien de Mamies, de Mamans ont-elles discrètement donné à leurs filles et petites-filles leurs outils, leurs ouvrages, leurs revues introuvables aujourd’hui? Elles ont toutes montré, un jour, dans l’intimité d’un moment familial « comment on s’y prend ».
On commence par prendre le temps de bien faire.
Je m’y essaie modestement, je manque de patience, je m’éparpille.
L’une de ces « petites mains » a côtoyé ma vie sans jamais se glorifier des trésors qui naissaient au bout de ses doigts (J’oubliais : l’humilité fait partie de la panoplie des fées.)
Cette dame est une artiste. Elle coud, elle peint, elle encadre merveilleusement tous les tableaux que l’on désire, transformant n’importe quel ouvrage en œuvre d’art. Elle cuisine aussi (en cordon bleu, est-il besoin de le préciser ?)
Je lui rends hommage aujourd’hui car, parmi les merveilles nées de ses mains, une peinture représentant le visage d’un vieil homme Arabe enturbanné d’un linge immaculé avait ému mon père aux larmes. Les plis du foulard, le visage parcheminé empreint de dignité, le regard lumineux…
« Les yeux ! m’avait dit mon père, regarde les yeux, c’est dingue ! »
« Ta tante est extraordinaire, avait-t-il ajouté en confidence, elle fait des choses admirables. »
Je suis bien d’accord et je me sens très malhabile quand je contemple le tableau dont elle a ornementé un abécédaire que j’avais brodé.
Les yeux, les mains, la lumière et derrière : le désir de faire.
Voilà les premiers outils que tout le monde possède ; il suffit d’essayer, le besoin d’apprendre vient juste après.
Regardez bien autour de vous, les fées sont nombreuses, elles s’activent à vos côtés, sans se lasser. Broder, coudre, tisser, tricoter, peindre, inventer pour faire plaisir aux petits enfants, pour alimenter l’exposition-vente de l’année, pour donner... Leurs têtes sont pleines d’idées de beauté.
Cherchez-les et… Admirez !

Pascale B

24/12/10

Joyeux Noël !


En hommage à cette soirée pleine de promesses, voici un petit texte pour célébrer une toute petite crèche qui a souvent fait ma joie et ça continue...

La petite crèche


Toute petite, réduite à sa plus simple expression : Jésus, Marie, Joseph, l’âne, le bœuf, deux moutons blancs ; le tout humblement installé dans une boîte en bois de mauvaise qualité. Le toit est en paille, un morceau de scotch jaune remplace les tuiles faîtières, un trou bien rond a été percé dans le fond, peut être pour y installer une étoile. Les personnages en matière plastique sont collés à leurs places.
Les mains qui ont bricolé cette scène de la nativité ont eu l’ingénieuse idée de mettre deux discrètes charnières sur l’avancée de ce nid afin de pouvoir le refermer pour le ranger. Chaque 25 décembre, il suffit d’ouvrir le pauvre écrin et le décor reprend vie. Une petite concession aux ors et lumières de cette période brillante : un candélabre en plastique ornant un minuscule porte-clés rouillé a été ajouté sur le côté ; il peut rentrer dans la boîte tout en y restant bien accroché.
Le 23 décembre dernier, nos déménageurs, émus par notre solitude, nous ont conseillé de décorer un peu la maison avant de nous abandonner au milieu de nos cartons. J’ai bousculé quelques paquets au hasard, comment savoir ?
Très vite, mes yeux ont opéré un arrêt sur image devant un gros emballage que j’ai reconnu immédiatement : « NOEL » avait été tracé en gros sur le dessus. Je n’ai pas compté le nombre de colis qu’il nous a fallu ouvrir ce jour là mais celui-ci était le premier et j’y ai trouvé cette discrète petite crèche. Elle semblait m’attendre, désireuse d’orner notre première fête de Noël comme si elle se doutait que nous avions besoin de lumière nous aussi.
Comme je l’ai trouvée belle ! Comme elle m’a semblée attendrissante ! « Tu viens de déménager, semblait-elle me dire, mais c’est quand même Noël ! »
Plus tard, je ne l’ai pas rangée dans un carton, je l’ai mise de côté en un endroit où je savais la retrouver sans me tromper et, hier soir, je l’ai déposée au pied du sapin.
La plus simple, la plus modeste des crèches a su illuminer mes premiers jours dans une demeure que je ne connaissais pas encore.
Quand je la contemple, je revois ma grand-mère si fière de sa trouvaille. L’avait-elle fabriquée ? L’avait-elle achetée dans une vente de charité ? Ce qui est sûr, c’est qu’elle appréciait sa simplicité. Elle l’installait toujours sur le coin de son poste de télévision, juste à côté des photos de ses petits enfants.
Pourquoi et depuis quand ai-je récupéré cet humble souvenir de Mamie ? Pourquoi l’ai-je conservé ?

Je sais : pour me réchauffer.

Joyeux Noël !
Pascale B

18/12/10

Neige en décembre...



Nous n'avons pas été épargnés mais, ici, c'est assez normal...

29/11/10

Encore des petites choses pour Noël!



Une de mes voisines m'a donné des petits pots en faïence qui devaient aller à la poubelle, j'ai découpé des bouts de guirlandes un peu défraichies, mis une pomme de pin et confectionné les fleurs avec des bouts de papier et un peu de colle le tout sur du fil de fleuriste (facile à trouver dans un magasin de bricolage)
Et voilà le travail!
A bientôt!

05/11/10

Pour Jean-Paul


A la demande particulière de Jean-Paul, voici une photo plus récente et donc plus belle de la maison. Un détail a changé...
Bises à tous!

04/11/10

Chantiers, suite...



A la demande générale, voici une photo de la maison terminée!
J'ai ajouté quelques œufs qui intéresseront sans doute une certaine Noëlle.
Bises à tous!
Pascale B

31/10/10

Autre genre de travail:



A présent, la façade de la maison est terminée et je peux reprendre d'autres travaux plus agréables pour moi... Voici les petits napperons que je prépare pour le marché de Noël d'une association du coin. Les œufs sont destinés au même marché et à celui des enfants de l'école.
Inutile de dire que l'écriture est en souffrance mais tant pis!
Bises à tous!
Pascale B

10/10/10

Travaux!!!


L'image que vous pouvez admirer aujourd'hui est une rareté car je ne suis pas prête de recommencer ce genre d'exercice!
Bon, la maison le mérite et les "façadiers" ne vont pas nous faire cadeau de leur échafaudage.
J'en profite pour les saluer au passage car ils accomplissent un travail très pénible comme les couvreurs, les maçons et autres corps de métier exposés aux altitudes, aux intempéries et autres gentillesses de la vie. Il parait que la "pénibilité" dans le travail n'est plus ce qu'elle était???? J'en reste pensive car je suis en train de découvrir des hommes qui pourraient largement revendiquer le plus tôt possible une retraite amplement méritée.


Cela étant dit, je vous propose aujourd'hui un texte que j'ai écrit pour le printemps des poètes 2011 et dont le thème est: "infinis paysages". (rien à voir avec mes façadiers mais tant-pis car je manque cruellement de temps pour écrire en ce moment)
Bonne lecture et à bientôt!
Pascale B.


Si loin

Ils ont choisi de partir pour admirer d’autres décors, pour respirer une autre brise. La terre est vaste et leur jeunesse avait soif de découvertes.
Changer de point de vue, contempler de nouveaux horizons et, pourquoi-pas, poser leur vie là où je n’ai jamais marché. Tenter ce que je n’ai pas osé, investir et déguster des lieux qui me sont étrangers. Je suis enracinée dans le sol qui m’a vue naître, les paysages y sont multiples et changeants, de quoi contenter plusieurs vies. Oui mais ailleurs, c’est comment ?
Les étoiles brillent-elles autant, les champs sont-ils aussi verdoyants, et les gens ? Il fallait aller y voir, se frotter à d’autres histoires pour le savoir.
La Guinée dangereuse et belle ; l’Italie pleine de grâce où l’amour attendait, où les mots sonnent joyeusement : « Lazaretto, Stintino, Scogliera, Bologna, pasta, gelatti, Babo-natale… » ; les eaux merveilleuses de la Sardaigne ; le froid de l’Ontario ; la neige de Québec où certains bars offrent des réductions liées à la température (- 30% s’il fait - 30) ; bonjour aux Inuits à Nunavut quand l’aube n’en finit pas, en compagnie des renards dont le pelage change de couleur; Amsterdam avec ses péniches transformées en garage à vélo ; Haïti sans abri ; Paris ; le Pérou bientôt sans doute… Les études, le travail n’étaient qu’un prétexte : le besoin de tirer sur les liens qui les tenaient trop serrés, l’envie de vivre en grand les ont projetés aux quatre coins du monde. J’ai eu peur pour eux ; manque de confiance, réflexe de garder ceux que j’aime auprès de moi…
« Allo maman, je suis vivant ! » me crie l’un d’eux quand il appelle, pour me taquiner gentiment.
On « blogue », on « skipe », on se téléphone souvent, on se parle plus qu’avant et des images de notre planète me parviennent régulièrement.
Ils ont changé l’ordre des choses, ont gonflé mon cœur de fierté même si beaucoup de larmes ont coulé.
Ils ont mis le monde à ma portée en me quittant, mes enfants.

24/09/10

Honneur aux vaches!

J'aime bien les vaches, elles me calment et me rassurent. J'aime encore plus les fromages qu'elles nous permettent de fabriquer!!!!
Les hommes et les femmes qui ont choisi de consacrer leur vie à s'occuper de tout cela ont bien du mérite, leur tâche rude et belle les habille d'une dignité devant laquelle je m'incline.
Voici donc un texte qui figure sur le site des artistes de Murol (pour ceux qui ne vont pas s'y promener.)Je l'ai écrit après avoir visité une belle ferme située dans les somptueux paysages de Besse, là où le Saint-Nectaire a droit de cité. Coup de chapeau à Marcel et Dominique qui nous ont ouvert leur porte et à leur fils de 20 ans qui a déjà entrepris de poursuivre le travail familial. Ce dernier fait preuve d'un courage et d'une bonne humeur revigorants. C'est beau d'aimer sa terre, de lui consacrer son enthousiasme,ses forces et sa jeunesse, avec le sourire s'il vous plait!
Je lui souhaite d'y vivre heureux le plus longtemps possible.


(Précision: je ne mets pas de photo car la connexion saute à chacun de mes essais, peut-être à cause des orages... Ce sera pour plus tard.)

Fromage fermier

Gestes calmes et précis de l’éleveur, odeurs fortes de l’étable : tout est rassurant pour les bêtes venues docilement offrir le lait de leur dernier repas. Un veau a suivi sa mère, il s’est couché à ses pieds malgré les bousculades des voisines de traite. Quelques chats suivent avec envie le va et vient de l’homme, espérant recevoir une part du précieux liquide ; ils ne ratent pas les gouttes échappées des tireuses même s’ils sont certains de recevoir leur part un peu plus tard. La quiétude du moment assure une production de qualité, la fabrication des tommes va pouvoir commencer.
De l’autre côté du mur, la fermière a déjà ajouté les levains, elle verse la présure dans la cuve fumante de lait chaud tandis que les vaches rejoignent leurs pâturages. Une odeur douceâtre et appétissante a envahi la petite pièce carrelée de blanc ; blanc comme les bottes et le tablier de la femme, blanc comme le liquide délicatement remué. Les vaches ont été généreuses, il ne faudrait pas en renverser.
La maîtresse des lieux se hâte lentement, prépare la vaisselle, les bandes de toile, les moules, s’assure de la propreté des lieux pendant que la masse onctueuse repose. Ça sent bon.
Je me serre dans un coin pour ne pas déranger, pour bien voir et je regrette de n’avoir pas apporté le bol qui m’aurait permis d’avaler goulument un peu de ce lait nourricier évocateur de délicieux souvenirs… La dame accueillante répond à mes questions, j’aime son calme, sa solidité et ses mains ! Des mains de labeur, fortes mais pourtant douces, appliquées, fermes et apaisantes. Des mains façonnées par ce travail vital autant que charnel.
Les gestes qui vont suivre se passent de surveillance, pas de pointeuse à l’horizon, pas de chef pour pinailler, ici c’est la vie qui commande.
Le temps nécessaire a été respecté, les bras maternels et musclés brassent la masse crémeuse, jaugent le bon état du « cailler » qu’il va falloir trancher doucement pour former les grains bien calibrés du fromage. Le travail se fait paisiblement, patiemment en un geste tranquille et régulier ; la matière est respectée car tout est lié : il en faut des prés, des vaches, des heures de travail par tous les temps pour recueillir le nectar immaculé !
J’éprouve un contentement inexprimable à regarder les doigts experts plonger dans la cuve, nager délicatement quelques instants avant d’attraper quelques grains et me les présenter. La masse blanche gélatineuse disparaît maintenant comme noyée dans un liquide translucide.
Il faut doucement prélever le petit lait ; longue opération…
La pâte lourde et déjà souple, presqu’élastique, apparaît enfin pour être pressée. Autrefois, on faisait cela avec les bras, comme le boulanger dans son pétrin, les poignets souffraient.
Une machine soulage heureusement ce travail pénible ; la femme prélève un morceau de pâte, le goûte, m’en tend un autre ; a-t-elle deviné que, moi aussi, j’avais envie de toucher, de savourer ?
Sans avoir besoin de peser, ses mains assurées attrapent une portion bien calibrée qu’elles pressent à leur tour. Reste à entoiler le fromage, à le saler au dessus de la tête de chèvre et à le fixer dans le moule armé d’une éclisse. Les fromages s’amoncellent avant de subir le pressage qui durera la nuit entière. Les tommes blanches seront plus tard confiées à un affineur avant de rejoindre notre assiette.
Depuis cette visite, je ne mange plus mon Saint-Nectaire comme avant : je le déguste. J’ai découvert le travail qu’il représente, les parfums, les ambiances, la vie qui ont présidé à sa fabrication. Je revois le fermier perdu dans l’immensité d’un magnifique paysage, agenouillé pour donner le biberon à un veau dont les pattes un peu tordues risquaient de compromettre le bon démarrage ; le « petitou » a fini par se lever tout seul grâce à la sagesse attentive de l’homme, la mère s’est approchée, la vraie vie a pu commencer.
Je pense à celle qui accomplit sa tâche matin et soir depuis de nombreuses années et qui m’a ouvert les portes de sa laiterie, tout simplement, pour partager.
Merci Dominique ! La part de fromage frais que vous m’avez donnée m’a permis de confectionner une brioche pas trop mal réussie si j’en crois certaines personnes de votre entourage qui ont bien voulu tester mon essai.
Je vous embrasse de tout mon cœur !
Pascale.

16/09/10

Occupations du moment:








Entre les confitures de mûres et la marche à pied, je ne prends pas vraiment le temps d'écrire... On verra ça quand il fera moche.
Les photos de montagne ont été prises lors d'une randonnée sur les pentes du Sancy, l'Auvergne est une belle région n'est-ce pas? (J'en ai bavé!!!!)

02/09/10

Oeufs de poules



J'aime décorer les œufs, voici ma dernière fournée destinée au prochain marché de Noël de "l'amicale" de mon village. Cette activité me prend beaucoup de temps, c'est pourquoi mes écrits se font plus rares en ce moment et puis il y a la marche, les voisins avec lesquels nous passons de bons moments, les amis et membres de la famille qui nous rendent visite...
J'ai tout de même un nouveau roman policier sous le coude, je dois juste le terminer!!!
Promis: je vous le livrerai dès que possible.
En attendant, vous pouvez lire mes textes sur le site des artistes de Murol (voir plus haut et cliquer sur l'église de Murol).
Bonne lecture et à bientôt!
Pascale B.

26/07/10

Images d'été en Auvergne:

Pas d'écrits en ce moment, si ce n'est sur le site des artistes de Murol; place aux images:




12/07/10

Dernier vol, suite et fin:

La saison estivale m'oblige à négliger un peu trop cette histoire, je vous en livre aujourd'hui la fin, en espérant que vous avez aimé.
Bonne lecture!
Pascale B.

XIX

Le soir même, à l’heure habituelle, je me suis mis en contact avec Louison. Il était d’humeur joyeuse, la venue de sa famille lui avait fait très plaisir.
-Vous avez enfin obtenu leur participation, je ne savais pas à quel point la visite des vivants pouvait être aussi agréable !
-Ils n’étaient pas très enthousiastes.
-Ils sont venus, c’est l’essentiel !
-Reste à obtenir la visite de votre arrière-petit-descendant Vincent.
-Il viendra !
-Si vous le dites…
-Vous me semblez découragé, ça ne vous ressemble pas. Juste au moment où les évènements prennent enfin une bonne tournure !
-Je suis préoccupé.
-Ah bon ? Tant pis ! Excusez-moi, j’ai beaucoup de choses à faire et je dois vous quitter. Thomas a quelque chose à vous dire.
-Mais c’est moi qui ai quelque chose à annoncer !
-Au revoir, gardez confiance !

Voilà ! Je rends service, j’ai plein de problèmes graves et on m’abandonne. J’aurais pourtant bien eu besoin de son avis concernant mon projet.
-Oh ! Une dernière chose avant de vous quitter, a ajouté Louison : faites ce que vous avez prévu de faire, c’est une excellente idée ! Pour le nom de votre agence, je suggère : « Dernier vol », c’est sportif et ça sonne plutôt bien, non ?

Noémie a, elle aussi, immédiatement adhéré à l’idée de créer une agence consacrée aux dernières volontés :
-J’ai une foule d’idées à proposer ! Cependant, je dois prendre mon âge en compte.
-Pourquoi ?
-Mais, mon petit, je ne suis pas éternelle et je me fatigue vite vous savez ! Je vais avoir besoin d’un assistant que je formerai et qui me remplacera le moment venu.
-Ma chère amie, rien ne presse et nous n’avons pas encore commencé !
J’ai alors entendu Thomas tandis que sa maman arrivait justement avec son père :
-Salut ! J’ai entendu dire que vous alliez créer une agence pour les dernières volontés ?
-C’est exact, j’y pense… Tout cela n’est encore qu’une idée, il va falloir travailler sérieusement pour la concrétiser.
-Parlez-en à maman, elle a plein de relations et vous réglera ça vite fait.
-Je n’en doute pas mais je n’ai encore réalisé aucune volonté d’aucun mort et je ne sais pas…
-Bonjour Valentin, vous êtes en ligne ? m’a gentiment demandé Angeline.
-Bonjour Angeline, Thomas est justement là !
-C’est parfait : j’ai une grande nouvelle à vous annoncer !
-Nous vous écoutons.
-Mon mari et moi allons nous remarier !
-C’est merveilleux ! S’est exclamé Mr Toussain, avez-vous fixé une date ?
-Nous pensons au mois prochain, le temps de régler les formalités.

Pendant que tout le monde félicitait les futurs époux, Thomas s’est à nouveau manifesté :
-Eh bien, vous venez d’accomplir votre première « dernière volonté ».
-Tu peux m’expliquer ?
-J’ai toujours souhaité du plus profond de mon cœur que mes parents se réconcilient et qu’ils reprennent leur vie commune. Je l’ai même écrit dans un cahier juste avant de mourir, vous pouvez vérifier.
-Je n’ai pas la date exacte mais je sais déjà comment nous organiserons notre fête ! A déclaré le père de Thomas, Angeline désire absolument déguster une côte de bœuf.
-Cuite au barbecue bien entendu, a ajouté notre amie en nous faisant un clin d’œil malicieux.
-Et de deux ! m’a crié Thomas.
Je pense qu’il m’aurait volontiers tapé sur l’épaule s’il avait pu le faire!
-Deux quoi ?
-Deux « dernières volontés bien sûr » ! C’est un signe, il faut foncer maintenant !


Le soir même, notre équipe se réunissait pour la première fois sous la houlette de Carmen qui tenait absolument à faire partie du bureau directeur à mes côtés :
-Je ne peux pas le laisser gérer quoi que ce soit tout seul, il est tellement rêveur ! a-t-elle cru bon de préciser en me montrant du doigt.
Ce à quoi j’ai répondu, quelque peu outré :
-Je ne suis quand même pas un enfant !
Personne n’ayant cru bon de confirmer cette évidence, le débat a continué sur le choix du nom de notre entreprise :
-« Dernier vol », ça fait plutôt penser aux avions, a estimé Noémie.
-Ou à une entreprise de suicide, a ajouté Mr Toussain.
-Faisons confiance à Louison, a décidé Angeline, nos services passeront par les pompes funèbres qui éviteront toute confusion désastreuse.
-Nous pourrions aussi créer un site internet dont la page de présentation donnera toutes les précisions nécessaire, a suggéré Carmen.
-Reste à déterminer le nombre d’employés dont nous aurons besoin, ai-je ajouté, le mieux étant de commencer sans aide et de voir au fur et à mesure.
Mon avis a été approuvé et nous avons porté un toast à la naissance de notre association.
-Association d’utilité publique ! A précisé Mr Toussain.

Quelques jours plus tard, alors que nous commencions à rechercher un collaborateur pour Noémie, le jeune Vincent Michel a fait son apparition. Le jeune homme s’est présenté à la loge du gardien pour se faire indiquer la sépulture de son ancêtre. Mr Toussain était absent et Noémie assurait l’intérim. La vieille dame de plus de quatre-vingts ans a tout de suite sympathisé avec le jeune garçon de vingt ans. Elle l’a conduit jusqu’à la tombe, il l’a suivie avec gentillesse, lui qui avait pris la détestable habitude d’agresser les personnes âgées pour les délester de leurs économies… Je ne suis pas croyant mais là, j’appelle une telle rencontre un miracle ! Comment Noémie a-t-elle pu le séduire aussi instantanément ? Mystère… Toujours est-il que nous avons signé un premier contrat d’embauche le soir même.

Notre aide jardinier s’est vite révélé indispensable : il seconde sa vieille amie avec courtoisie et attention. C’est assez drôle parce qu’il continue à dire pis que pendre des « vieux qui ne fichent rien à part embêter les jeunes sans avenir, qui sentent mauvais et qui gardent leurs sous au fond de leurs armoires sans jamais en faire profiter les autres… »
- Oui mais Noémie n’est pas vieille ! précise-t-il quand nous évoquons l’âge de sa nouvelle amie.
-Elle a quand même plus de quatre-vingts ans !
-C’est pas pareil. Elle ne les mérite pas !
Tout est dit ! Vincent a décidé d’aimer cette dame sans se préoccuper de son âge :
-Elle se fiche du mien et elle a bien raison ! Nous nous sommes trompés de génération, c’est tout. Si j’avais soixante ans de plus, je la demanderais en mariage.
De son côté, notre amie semble rajeunir chaque jour davantage :
-Si j’avais soixante ans de moins…. Cet enfant est mon cadeau du ciel, il sera mon soutien quand je serai vieille !
-Il me semble que vous avez encore du temps devant vous !
Cet amour soudain n’a cependant pas troublé le sens des responsabilités de la dame sans enfant. Elle a décidé Vincent à s’inscrire pour une formation en horticulture, il a obtempéré sans discuter. Nous espérons pour lui l’obtention d’un B.E.P. pour le mois de juin prochain.

J’ai présenté ma démission à mon chef de service qui n’a pas cherché à me retenir. Pour permettre à notre banquier de dormir sans risquer l’ulcère à l’estomac, Carmen a gardé son travail de secrétaire. Elle m’aide pour les paperasses qui ne sont pas encore trop lourdes.
De son côté, Angeline prépare son mariage, elle est moins souvent mélancolique et elle garde l’habitude de s’habiller avec beaucoup de chic. Thomas a décidé de nous laisser sa tombe en accès illimité, il y est trop souvent dérangé :
-J’en ai marre, cette sépulture est un véritable moulin à vent ! Je ne sais pas comment ça se passe de votre côté mais ici ! Louison vous fait une publicité du « feu de Dieu » ! Les gens se bousculent au portillon. Il a décidé de fonder une association de soutien aux âmes déçues !!! Je me demande s’il a bien pris la mesure de la tâche! Mais, rassurez-vous, il trie les demandes et choisit celles qui ont le plus de chances d’aboutir. Sa femme lui sert de secrétaire.
-Et toi, que vas-tu faire ?
-J’ai rencontré une copine…
-C’est formidable !
-Elle est morte l’année dernière dans un accident de la route. Nous allons partager sa tombe pour laisser la mienne disponible. Attention ! Je passerai quand même de temps en temps pour dire bonjour !
-Je l’espère bien ! Comment s’appelle ton amie ?
-Cécilia, joli n’est-ce pas ? Elle sera là pour le mariage de mes parents.
-Je vous souhaite tout le bonheur possible !
- C’est encore un peu tôt pour s’engager mais ça serait bien si on pouvait s’aimer toujours. Je ne veux pas la brusquer.
-Rien ne presse.
-Non, c’est mieux de vivre un peu ensemble avant de prendre des engagements. On ne sait jamais…
-Oui parce qu’un mariage dans l’au-delà, c’est pour l’éternité !
-Et l’éternité, c’est long !
-Au revoir Thomas et à bientôt !


Epilogue :

Angeline s’est remariée. Comme prévu, elle a organisé un barbecue sur la tombe du père de Martin. La famille du défunt était présente pour honorer la dernière volonté du papa. C’était la nuit du Beaujolais nouveau. Nous avons célébré ce breuvage en dégustant une côte de bœuf de premier choix ! Vincent s’est occupé des détails techniques et la soirée s’est déroulée sans anicroche. Mr Toussain craignait d’attirer la police avec la fumée et l’odeur de notre repas :
-Vous vous rendez compte ? Ils vont croire que des profanateurs sont à l’œuvre ! Avec tout ce qu’il se passe en ce moment !
-Angeline connaît le préfet personnellement, je crois même qu’elle a rencontré le commissaire de police de notre ville.
-Absolument, a confirmé la jeune mariée, il est au courant et il nous rejoindra un peu plus tard pour partager une coupe de champagne. N’ayez aucune inquiétude mon cher Toussain !
Ce dernier ne semblait pas convaincu :
-La pierre tombale va être noircie, ça va faire désordre !
-C’est normal pour un barbecue d’être encrassé ! S’est exclamé Vincent.
-Celui-ci fait office de sépulture figurez-vous ! J’ajoute qu’il est dans « mon » cimetière et que je tiens à la bonne tenue de mes allées !
-Oh ! Si ce n’est que ça, je vais vous le nettoyer moi, votre barbecue, a répondu le jeune homme, ça ne sera pas plus difficile que d’effacer les tags !
-Vous savez effacer les tags ?
-Ce que l’on peut faire, on peut le défaire, ne vous faites pas de souci !
-Me voilà rassuré, merci ! Quelle aventure tout de même, a-t-il ajouté en baissant la voix.
-Faites-lui confiance, c’est tout ce dont il a besoin pour être heureux, l’ai-je rassuré en lui passant le bras autour des épaules. Au fait, je dois vous signaler que notre agence a reçu un premier appel ce matin !
-Vraiment ? Mais vous avez ouvert ce matin justement !
-C’est bon signe, non ?
-De quoi s’agit-il ?
-Une jeune fille dont la maman est décédée le mois dernier. Cette dernière écrivait des livres et n’avait pas encore trouvé d’éditeur. Sa fille voudrait lui faire ce dernier plaisir mais elle ne connaît pas le monde de l’édition, elle cherche des contacts.

Nous nous sommes regardés en riant et avons appelé d’une seule voix :
-Angeline !

25/06/10

Dernier vol, XVI:

XVI

J’ai attendu Mr MICHEL devant l’entrée du cimetière et j’ai eu la surprise de le voir arriver accompagné par son fils Jean-Pierre. Les deux hommes n’étaient pas vraiment engageants, ils arboraient une mine sévère et je me suis senti un peu seul tout-à coup. Mr Toussain était occupé par les préparatifs des obsèques d’une vieille dame de sa connaissance. Décidément, c’était ma semaine de chance ! Jean-Pierre a pris la parole le premier :
-Bonjour monsieur, mon père m’a expliqué les raisons de ce rendez-vous, j’avoue ne pas croire une seule seconde à votre histoire. J’attends vos explications.

Le ton ne souffrait pas de contestation, j’ai avalé ma salive avec difficulté en me disant que Carmen avait peut-être un peu trop abusé de mon charme la veille au soir…
-Voulez-vous m’accompagner jusqu’à la chapelle ?
-Je pense que vous essayez de profiter de la vieillesse de mon père pour l’embobiner.
-Pourquoi voudrais-je l’embobiner selon vous ?
-Pour vous approprier sa fortune.
-Je n’ai connaissance d’aucune fortune.
-Vous avez réussi à convaincre mon père de venir ici, je ne sais pas comment et j’entends bien surveiller vos manigances.

Manifestement, ce type était complètement insensible à mon charisme !
-J’ai simplement proposé à votre père de venir voir la tombe d’un certain Louison ROCHE. Ce nom ne lui est pas totalement inconnu je crois…
-C’est ton ancêtre, a déclaré le vieil homme en regardant son fils.
-Je n’ai jamais entendu parler d’un ancêtre portant ce nom !
-Je t’expliquerai.
Nous avons rejoint la chapelle dans un silence pesant. Seuls nos pas sur les graviers donnaient un semblant de convivialité à notre rencontre… Je pensais intensément à mes morts dont les conseils me faisaient tout à coup furieusement défaut ! Peut être parviendraient-ils à se manifester, même indirectement, afin de déclencher un soupçon de sensibilité dans ces deux cœurs fermés.
Louis Michel a contemplé sans émotion apparente le petit édifice propret, il m’a jeté un bref regard :
-Pourriez-vous nous laisser seuls ?
Je me suis immédiatement éloigné en soufflant intérieurement de soulagement, heureux d’échapper pour quelques instants à cette rencontre oppressante. Après plusieurs longues minutes, les deux hommes sont revenus vers moi, Jean-Pierre semblait un peu adouci en prenant la parole :
-Je voudrais comprendre le but de votre démarche. Pourquoi vous intéressez-vous à notre famille ?
-Je m’intéresse aux cimetières et aux tombes abandonnées en particulier. Celle-ci risquait de disparaître, j’ai voulu en savoir plus et j’ai découvert l’histoire de Louison, c’est tout simple !
-Vous auriez pu laisser faire…
-C’est vrai mais cela me contrariait de voir une si belle sépulture s’envoler. Trop de tombes sont en voie de disparition alors qu’elles font partie de notre histoire.
-Vous êtes un historien des nécropoles, c’est ça ?
-En quelque sorte, oui. Rassurez-vous, le cas de celle-ci est réglé, le préfet s’en est occupé grâce à notre intervention. Nous ne voulons cependant pas agir ainsi sans en aviser la famille, c’est pourquoi nous vous avons contactés.
-Vous dites : « nous !»
-En effet, je n’agis pas seul, je fais partie d’une petite association qui œuvre pour la sauvegarde de notre patrimoine mortuaire, si je puis m’exprimer ainsi…
-Vous êtes des originaux.
-Sans doute. Nous essayons d’aider les gens à accomplir les dernières volontés de leurs défunts, nous surveillons les pierres tombales.
-Comment s’appelle votre association ?
-Pour l’instant, elle n’est pas officielle. C’est une initiative privée réservée à ce cimetière uniquement.
-Vous ne réclamez pas d’argent ?
-Dans votre cas, non. J’ai tout de même une demande à vous faire : pourriez-vous inviter votre fils à venir admirer cette chapelle ?
-Pourquoi mon fils ?
-Il est le dernier descendant de votre famille si j’en crois votre père ?
-C’est exact, et alors ?
-Alors, il a le droit de connaître son ancêtre, ne croyez-vous pas ?
-Mmmoui… Je peux toujours lui en parler mais cela ne l’intéressera certainement pas.
-Essayez quand même, s’il vous plaît !
-Je ne vous promets rien.

Nous nous sommes quittés froidement mais sans animosité. Je n’avais plus qu’à espérer une prise de conscience de la part du jeune garçon, son père n’était pas sympathique mais il m’avait l’air honnête, il ne manquerait pas de transmettre l’invitation.

XVII

Mr Toussain nous avait surveillés de loin, il était impatient d’entendre mon compte rendu :
-Alors ?
-Alors rien de concluant.
-Evidemment, notre démarche est assez incongrue.
-Je crois ne pas avoir perdu mon temps, sans le savoir, ces deux hommes m’ont donné une idée qui me semble intéressante à creuser (si je puis dire…)
-Vous m’intriguez !
-Pour justifier notre rencontre j’ai dit que nous formions une association de sauvegarde du patrimoine mortuaire de nos cimetières et que nous aidions les gens à accomplir les dernières volontés de leurs défunts.
-C’est original !
-C’est très intéressant !
-Mais ce n’est pas vrai.
-Cela peut le devenir.
-Vous voudriez fonder cette association ? Il faudra beaucoup de temps pour remplir ce genre de mission !
-C’est pourquoi nous ne pourrons pas agir de façon non lucrative.
-Vous voudriez en faire un métier ?
-Exactement ! Je vais ouvrir une agence.
-Je ne sais pas si c’est très raisonnable…
-C’est tout à fait raisonnable au contraire, imaginez un peu : proposer l’accomplissement des dernières volontés des morts, soutenir les gens dans leurs recherches, les remplacer pour l’entretien de leurs tombes, que sais-je encore ?
-Cela fait beaucoup de tâches à accomplir !
-Nous pouvons même proposer un service de paysagerie tombale ! Noémie s’en chargerait très bien ! Et puis, cela créerait des emplois, pour l’entretien des sépultures nous aurons besoin de main d’œuvre.
-Beau programme ! Et votre travail actuel dans tout ça ?
-Je vais tout simplement le quitter pour assurer la direction de notre agence.

Les yeux de mon ami ont tout à coup brillé d’excitation :
-Il faut trouver un nom à cette entreprise !
-Je pensais à « dernières volontés », ce serait assez explicite non ?
-C’est une idée, m’a répondu Toussain en riant discrètement… Bon, nous allons discuter de tout cela dès ce soir. Retrouvons-nous chez Thomas comme d’habitude !

En attendant, je suis rentré chez moi, il fallait absolument que j’en parle avec Carmen. Elle s’est montrée tout de suite très emballée :
-Tu vas pouvoir enfin vivre de ta passion, c’est merveilleux !
-Oui mais c’est compliqué ! Nous devons rédiger un projet cohérent pour obtenir les autorisations nécessaires, et puis, cette agence sera-t-elle « viable » dans le sens financier du terme j’entends ?
- L’idée est totalement originale et la demande suivra, c’est évident. A ma connaissance il n’existe aucun service de ce genre actuellement.
-A ta connaissance ! Nous risquons au contraire de nous voir confrontés à une concurrence acharnée.
-Oui mais toi, tu as un atout en or massif.
-Lequel ?
-Tu communiques avec les morts !
-Je ne vais certainement pas faire mention de cette particularité !
-Bien sûr que non mais cela te donnera un avantage inestimable pour mener à bien tes missions. Résultat assuré !
-En parlant de résultat : je n’ai encore accompli aucune dernière volonté !
-Tu es trop impatient, les choses vont prendre forme plus vite et mieux que tu ne le penses, il suffit d’un peu de patience.
-J’admire ta confiance.
-Normal puisque je t’aime.
Ma femme a toujours le dernier mot !

18/06/10

Temps de juin...




Saison pré-estivale: l'église (à 15 mètres de chez nous) est encore visible, c'est une chance... Derrière les nuages, il y a une montagne, si, si, croyez-moi!
Bonne lecture, je retourne dans mon paysage cotonneux.

Dernier vol, XIV et XV:



XIV

La chapelle de Louison est déjà bien jolie, il ne manque plus que l’autel à l’intérieur et une statue de la vierge à laquelle il tient beaucoup. Il ne voulait pas entendre parler de dépenses inutiles, il s’est pourtant vite laissé prendre par le désir de voir les travaux achevés, se répandant en conseils de tous genres sur la décoration intérieure. Il prétend que Marie-Jeanne le harcèle de demandes ! Je doute de sa sincérité, il est trop orgueilleux pour reconnaître que sa nouvelle sépulture le comble de fierté.

Carmen a tenu à venir visiter la petite chapelle avec… Nos enfants ! Nous avons un fils prénommé Lucas, il a 7 ans, et une petite Lucille de 4 ans.
Elle a choisi un dimanche matin, j’étais en train de bavarder avec Noémie qui mettait la dernière main à une nouvelle composition florale destinée à orner le tour de la chapelle. Nous les avons vus apparaître derrière les fleurs, tout souriants et joliment vêtus de couleurs vives. Lucille a couru dans mes bras, Lucas a dit bonjour à Noémie en lui présentant sa main tendue. Ma tendre compagne m’a gratifié d’un gros baiser :
-Ne crois pas que je vais en faire une habitude ! Simplement, les enfants viennent admirer une jolie chapelle toute neuve et ils apportent un napperon pour l’autel. C’est gentil non ?
J’ai déposé Lucille devant l’entrée. La petite fille a déposé précautionneusement un linge délicatement brodé sur la table de l’autel et Noémie a installé un bouquet de jonquilles lumineuses pour maintenir le tissu. L’ensemble était ravissant. Je me sentais fier de pouvoir montrer ma progéniture à ma si bonne amie. Celle-ci ne pouvait se retenir de toucher les cheveux de mes enfants qui se laissaient faire avec patience. Lucas s’est approché de moi et m’a demandé d’une voix claire :
-Ils sont où tes autres amis ? Ils sont tous aussi vieux ?
Noémie a éclaté de rire en voyant mon regard effaré :
-Ne le grondez pas, il a raison ce grand garçon, je suis vieille et cela ne me dérange plus depuis longtemps. Tenez ! Voilà Mr Toussain accompagné d’Angeline, ils vont être ravis de faire votre connaissance.
Les nouveaux venus se sont en effet extasiés devant mes deux descendants si polis et si délicieux ! Mr Toussain a serré avec gravité la main de mon fils qui s’est redressé de toute sa taille pour saluer ce monsieur si grand et si sérieux. Angeline a embrassé tendrement ma fille en la couvrant d’un regard débordant de tendresse puis m’a désigné du doigt en me lançant sur un ton plein de reproche :
-Comment avez-vous pu !?
Je suis resté interdit :
-Pardon ?
-Comment avez-vous pu me priver si longtemps de ces deux adorables enfants ? Vous êtes un monstre ! N’est-ce pas ma pauvre Carmen que votre époux est un monstre sans cœur ?
-Certainement, comme tous ses congénères ! Mais la vérité m’oblige à reconnaître que tout est de ma faute. Il n’a jamais osé amener nos enfants ici pour respecter ma volonté, je vous assure.
Angeline ne semblait pas totalement convaincue, elle m’a jeté un coup d’œil noir mais elle est vite revenue vers Lucille qui semblait apprécier d’être admirée par une aussi belle dame. Après quelques minutes, il apparaissait que nous ne pourrions plus les séparer ! Elles bavardaient comme deux amies, la petite déployant sa jupe fleurie pour la faire tourner, la dame détachant son chapeau pour le lui laisser essayer.
Soudain, Carmen m’a fait un signe de la main pour me montrer un homme élégant qui s’approchait de notre petit groupe. Elle m’a demandé en chuchotant :
-C’est le fameux Louis MICHEL ?
-Non, celui-ci est plus jeune, je me demande…

L’homme s’est discrètement approché d’Angeline et de Lucille sans nous saluer, il a ôté son chapeau. Nous ne pouvions entendre leur conversation. Lucille a embrassé le monsieur, elle a pris la main de notre amie et l’a mise dans celle de l’homme puis, elle a couru vers nous :
-Tu sais papa, je suis sûre que le monsieur, eh ben, il est amoureux d’Angeline ! J’en suis sûre !
J’ai attrapé ma fille dans mes bras et nous-nous sommes tous éloignés discrètement du couple enfin réuni. Noémie était très émue et j’ai bien cru voir mon ami Toussain essuyer quelque chose dans le coin de son œil… Carmen était sereine :
-Bon, ça, c’est fait ! A-t-elle déclaré en se frottant les mains. Nous n’attendons plus que monsieur MICHEL.

Lucille et Lucas commençaient à s’impatienter, j’ai jugé raisonnable de quitter les lieux avant que les enfants ne décident de se chamailler ou de courir entre les tombes. Angeline, au bras de son mari, nous a rejoints alors que nous atteignions le seuil du cimetière :
-Je n’ai pas besoin de vous présenter mon époux…
Ce dernier s’est incliné avec dignité, ses yeux étaient bienveillants :
-Bonjour cher ami inconnu et merci.
-Je suis bien content de vous rencontrer.
-Pas autant que moi!
-Mon petit Valentin, nous devons absolument vous revoir avec votre gentille famille, c’est promis n’est-ce pas ? a ajouté Angeline.
- Ma très chère amie, est-il possible de vous refuser quoi que ce soit?
-Vous ne devez même pas imaginer pouvoir contrarier ma douce amie, jeune homme.
-Même pas dans tes rêves ! a cru bon de conclure mon bandit de Lucas.
Nous-nous sommes quittés non sans avoir convenu de nous retrouver le lendemain soir « chez Thomas ».

XV

Le très attendu Louis MICHEL s’est enfin manifesté ! Il m’a tout d’abord contacté à mon bureau alors que mon chef de service était en train de me faire un sermon sur mon manque évident de motivation :
-Vous ne nous avez pas habitués à de telles négligences, à croire que vous n’êtes plus avec nous ces temps-ci ! Si vous avez des problèmes personnels, je comprendrais que vous souhaitiez vous absenter quelques jours…
-Nous sommes en train de boucler les rapports semestriels !
-Vos collègues peuvent se passer de vous.
-Et je perdrai ma prime de résultats !
-Une prime est une récompense, je ne vois pas de raison pour vous gratifier de quoi que ce soit.
C’est là que le téléphone a sonné :
-Je vous demande pardon ? Bien sûr, je suis très heureux de vous entendre…. Vous ne me dérangez pas… Demain matin ? Quelle prison ? Vous pouvez compter sur moi, nous parlerons au cimetière, c’est entendu, à demain.
Mon chef me regardait avec une expression qui voulait dire : « Vous êtes devenu fou ! » J’ai repris la conversation comme si de rien n’était :
-J’imagine qu’une promotion n’est pas d’actualité en ce qui me concerne ?
-Vous imaginez bien.
-Je serai absent demain matin, je dépose de suite une demande en bonne et due forme.
-Je ne suis pas obligé d’y donner suite.
-C’est dommage.
-Ce qui veut dire ?
-Ce qui veut dire que je serai absent demain matin.
-Vous avez tort de me traiter de la sorte, vous voudriez perdre votre poste que vous n’agiriez pas autrement !
-Vous êtes le chef.
-Si au moins vous me donniez les raisons de vos problèmes, je pourrais être indulgent.
-Mais, je n’ai pas de problème !

Il est parti en claquant la porte, je savais qu’il profiterait de ma désobéissance pour me pousser hors de son service, peut-être même hors de la banque. Curieusement, cela m’était parfaitement égal, je me sentais même soulagé ! Restait à savoir ce qu’en dirait Carmen…

Elle n’a pas fait grise mine, cela m’étonnait car nous avions pris un emprunt très cher et très long pour acheter notre appartement très coquet et très petit, mon renvoi risquait de compromettre notre niveau de vie :
-Ils ne te renverront pas comme cela, tu as de l’ancienneté.
-Je me suis quand même bien mis en danger !
-Tu dois t’occuper de Louison si tu veux retrouver ton équilibre. Quand cette histoire sera réglée, tu pourras réfléchir à ton travail qui, je le sais bien, ne t’épanouit pas beaucoup.
-Tu n’as pas peur ?
-Je te fais confiance et puis… Chacun d’entre nous possède son libre arbitre, son droit d’action, tu as bien le droit d’utiliser le tien.
-J’ai besoin d’aide mais je ne sais pas vers qui me tourner.
-En ce moment, c’est toi qui aides les autres. Sois patient !
-Je ne sais pas comment tu peux être aussi désinvolte !
-Tu es un amour ! Ta force est là ! Tu ne comprends pas ?

Non, je ne comprenais pas du tout ce que ma faculté à être aimable pourrait me rapporter en ces circonstances précises !
-Beaucoup de gens se font une place dans la société en s’imposant par la force, m'a expliqué Carmen, parfois brutalement, c’est ce que j’appelle la « loi du plus fort », elle est efficace, c’est certain mais les plus discrets sont souvent les mieux servis, il suffit d’être malin et de savoir se faire aimer, tu sais très bien te faire aimer. Ton chef n’est peut-être pas si mauvais que tu le crois ! Et puis, d’autres opportunités peuvent se présenter, la vie nous réserve de ces surprises !

J’ai repensé à ces paroles pendant la nuit, le sommeil me boudait et je sentais confusément que Carmen avait raison. J’aurais volontiers poussé la porte d’une cartomancienne pour connaître la suite de mon histoire, juste pour me rassurer un peu…

13/06/10

Le poulain!


Des nouvelles du poulain qui vient de passer deux bonnes semaines presque sous nos fenêtres: il grandit, il suit sa mère de près, ne la lâchant pas d'un sabot. La jument est d'une nature très calme, le poulain grandit donc en toute quiétude. Le propriétaire est venu les chercher ce matin pour les emmener dans un champs un peu plus loin, il lui a suffit de mettre une longe à la jument pour la guider, le poulain suivait en toute liberté; aucun risque qu'il ne s'éloigne. Il tête encore sa mère et commence à brouter comme elle.

PS: comme d'habitude, j'ai beaucoup de mal à mettre mes photos sur le blog, mon ordinateur se "plante" à chaque fois, c'est pourquoi vous n'avez qu'une photo du poulain aujourd'hui. Je réessaierai plus tard.

11/06/10

Dernier vol, XII et XIII:



XII

-Alors ? Nos affaires avancent-elles ?

Je reconnaissais la voix de Louison, cordiale et enjouée.
-Bonsoir, nous avons de bonnes nouvelles en ce qui concerne votre tombe justement.
-Fort bien, et en ce qui concerne mon petit fils ?
-Chaque chose en son temps, la réfection du monument est en bonne voie…
-Mais ça n’a aucune importance ! Vous devez retrouver Louis, ses jours sont comptés !
-Comment pourra-t-il me croire si je ne peux pas lui montrer au moins votre sépulture ?
-Il faut d’abord le retrouver, les vivants avant tout !

-Je ne suis pas d’accord avec vous cher ami !
-La parole d’un aîné doit être prise en considération !
-Je suis plus âgé que vous, j’ai droit, moi aussi, à un minimum de respect !

Le ton de la conversation recommençait à monter dangereusement ; Louison se montrait plutôt impatient pour un homme soi-disant religieux mais je repensais aux efforts d’Angeline, au préfet, à tous nos amis, je ne pouvais pas couper court cette fois encore, j’ai donc fait amende honorable :
-Je vous prie de m’excuser, je suis un peu fatigué.
-C’est moi, j’ai tendance à m’emporter un peu trop vite, c’est un trait de mon caractère qui me vaut de nombreux ennuis, même ici !
-Voulez-vous prendre connaissance du projet de monument ?
-Volontiers !
Mr Toussain tenait le dossier devant lui, j’ai tourné les pages lentement.
-4500 francs ?
Thomas est aussitôt intervenu :
-4500 euros, ils ont changé de monnaie.
-Ça fait combien en anciens francs ?
-3 millions, à peu de choses près.
-C’est cher !

-Cela ne concerne que les murs de la chapelle. Il faudra doubler la somme avec les gravures, les décorations, l’autel, les statues…
-Pure folie, vous devez renoncer, une simple pierre suffira !
-Hors de question, je tiens absolument à reconstruire cette chapelle !
-Vous êtes un jeune homme entêté figurez-vous !
-Pas autant que vous !
-Je vais cesser de venir, ces discussions sont sans issue !
-Vous reviendrez.
-Sachez, jeune homme, que je dispose de ma mort librement !

-C’est pourquoi vous reviendrez : vous avez pris goût à nos rencontres et je tiens le pari que vous ne pourrez plus vous passer de moi !
-Vous êtes un insolent !
-Les confessions ne devaient pas manquer d’ambiance avec vous !
-Adieu monsieur !
-Vous fuyez !
-Certainement pas !
-Vous savez que j’ai raison.
-Je veux bien vous écouter à condition que vous cessiez de me donner des ordres.
-C’est vous qui… Oh et puis zut ! Je dispose d’une semaine de congés, je me propose de rencontrer Louis Michel pour lui faire part de mes découvertes.
-A la bonne heure ! Ma compagne ici présente me demande de vous en remercier !
-Ne peut-elle pas le faire elle-même ?
-Je vous la passe.

Je sentais Louison quelque peu vexé mais l’envie de connaître celle qui occupe son cœur a été la plus forte :
-Bonjour monsieur, merci pour tout ce que vous faites !
-Vous pouvez m’appeler Valentin.
-Oh ! Je ne sais pas…
-Elle est très pudique et bien élevée !

-J’avais compris ! Dites-moi ce qui vous ferait plaisir, madame.
-Je vous fais confiance pour tout, il m’importe seulement que notre dernier descendant se réconcilie avec la vie, qu’il soit heureux et qu’il échappe à la prison.
-C’est si grave que ça ?
-Il vend de la drogue, il est obligé… Des bandits l’ont entraîné et il ne peut plus leur échapper !
-Je ne sais pas si je vais pouvoir le sortir de là.
-Vous allez essayer, c’est tout ce qui compte.
-Je vous le promets.
-Merci mille fois, soyez prudent !
-Je ne connais pas votre nom !
-Marie-Jeanne, j’en profite pour vous dire que j’ai laissé une lettre lors de l’abandon de mon fils, le service social garde un dossier sur les enfants nés sous X, ces derniers ont le droit de le consulter s’ils le désirent, je sais qu’il l’a fait.
-C’est très important en effet, vous y aviez mis vos coordonnées ?
-Mes noms et prénoms, un message très court : « Je ne suis pas responsable de tout cela, je t’aime et je te demande pardon »
-Je note les mots exacts, on ne sait jamais…Pourriez-vous me passer Thomas s’il vous plaît ?
-Je suis là !
-Veux-tu dire un mot à ta maman ?
-Dites-lui qu’elle est formidable ! Je l’aime et je trouve son chapeau « impertinent ».
-C’est tout ?
-Elle comprendra.
-Au revoir à tous et à demain !

XIII

Noémie m’a demandé si j’avais regardé mon dossier de la DDASS. J’ai dû avouer que la question ne m’avait jamais effleuré l’esprit. Il me semble que je suis trop jeune encore… Mais je n’ai pas le temps de penser à ce genre de détail, je dois avancer et le plus vite sera le mieux. Comme promis, j’ai rencontré le fameux Louis. Je l’ai trouvé dans une plaisante maison de retraite en Seine et Marne. C’est un homme taciturne, il m’a accueilli avec curiosité mais peu d’amabilité. J’ai eu du mal à entrer dans le vif du sujet, son silence me glaçait et mon propos s’embrouillait de plus en plus. Comment annoncer de but en blanc à un inconnu que l’on sait l’histoire de son passé bien mieux que lui même et que l’on doit intervenir sur ordre de ses ancêtres, le tout sans passer pour un fou ?
Il m’a pris pour un fou.
Je le comprends… Quand il a levé sa canne d’un air menaçant, un éclair de lucidité m’a fait penser au message de Marie-Jeanne :
-Vous faites de la peine à Marie-Jeanne !
Il m’a regardé d’un œil méfiant, j’ai enchaîné :
-Vous savez, votre grand-mère ?
-Que voulez-vous ?
-Je veux vous montrer la sépulture de l’homme qu’elle a aimé et qui lui a fait un enfant. Ils ont vécu une véritable histoire d’amour, voulez-vous m’écouter ?

Je l’ai quitté une heure plus tard sans être certain de l’avoir convaincu. En tout cas, il connaît le message de Marie-Jeanne car il a tressailli quand je le lui ai récité ; il a aussi noté l’adresse de notre cimetière. Les travaux ont commencé, tout cela tient à peu près debout ; j’espère qu’il viendra. Louison est partisan d’employer la méthode forte : aller le chercher, l’obliger à affronter la vérité, l’inspiration divine ne pouvant manquer de lui ouvrir les yeux, hum… J’ai opté pour la patience.
Louison est persuadé que je le fais exprès, juste pour le plaisir de le contrarier. Il n’a pas entièrement tort mais je suis surtout convaincu que nous devons laisser le temps au vieil homme de digérer ces informations tombées du ciel. Je veux respecter son grand âge, le bousculer ne servirait qu’à l’éloigner de nous.
En attendant, je bavarde chaque soir avec Thomas, sa maman est de plus en plus jolie ! Thomas trouve qu’elle devrait se teindre les cheveux mais elle préfère rester naturelle :
-Je veux bien embellir la réalité, pas la changer. Et puis les cheveux blancs sont du dernier chic, vous ne trouvez pas ?
Moi, je trouve tout ce qu’elle dit et fait très bien. J’ai contacté son mari par courrier, Carmen a pensé que mes explications seraient suspectes s’il entendait ma voix au téléphone. Selon elle, il pourrait croire que je suis un amant d’Angeline. Je ne comprends pas pourquoi elle est si prudente mais de toute façon, je préfère écrire que téléphoner. Il faut laisser au monsieur le temps de pleurer, de froisser puis de relire mon message. Je me suis fait le plus concis possible :
« Monsieur, en tant qu’ami sincère de Madame Angeline BOLLET, je vous demande de bien vouloir lui rendre visite le plus rapidement possible. Cordialement vôtre… » J’espère que ces mots ne vont pas l’inquiéter ni lui provoquer un nouvel infarctus !
Thomas trouve que le message est suffisant pour piquer la curiosité de son père sans trop suggérer un drame imminent. Nous attendons la réponse.
J’ai aussi repris contact avec la famille du mort à l’entrecôte, le fils tient beaucoup à satisfaire la dernière volonté de son père et nous tentons de convaincre Mr Toussain. La tâche est ardue mais je ne désespère pas d’obtenir gain de cause car l’édification de la chapelle comble mon ami gardien de joie, il est donc dans de bonnes dispositions pour accepter de m’écouter, du moins je le crois. Carmen pense que nous devrions organiser un vrai repas autour de l’entrecôte et, surtout, choisir soigneusement les invités et le vin. Je l’aime !

Me voici donc avec trois histoires sur le « feu », si je puis me permettre ce très mauvais jeu de mot. Mon travail en subit un peu les conséquences en ce moment, j’ai tendance à être dans la lune et mon chef de service me regarde de travers ! L’aboutissement de tous ces chantiers devient donc de plus en plus urgent. Heureusement que Carmen me soutient !

27/05/10

Dernier vol, XI:

Impossible d'envoyer une image ce soir, les ondes mystérieuses d'internet me boudent... Vous m'en voyez désolée!
Bonne lecture quand-même!
Pascale B.

XI:

Nous en étions arrivés à l’évaluation du budget quand une très belle femme, plus toute jeune, certes, mais pleine de grâce, a toqué au carreau du bureau d’accueil. Elle était coiffée d’un ravissant chapeau cloche, portait une veste en cuir du dernier chic et sa robe vaporeuse découvrait tout juste ses genoux gainés d’une soie légèrement brillante. Je n’ai pu me retenir d’observer cette élégante personne tandis que M. Toussain ébauchait un geste d’agacement aussitôt effacé par une expression d’intense surprise :
-Madame, vous désirez ? ai-je demandé en continuant à la dévorer des yeux.
-Mon petit Valentin, j’ai bien réfléchi, nous devons agir rapidement ! a-t-elle répondu d’un ton décidé.
J’ai regardé mon ami avec incrédulité : la dame m’appelait par mon prénom !
Devant notre mine effarée, elle a souri (Oh ! Le tendre sourire…) en agitant un mouchoir d’une blancheur immaculée :
-Coucou ! C’est moi, Angeline ! Réveillez-vous s’il vous plaît, nous avons du travail je crois. Je suis venue pour vous aider !
Devant notre état de profonde hébétude, elle a ajouté en hésitant :
-Si vous le voulez bien, cela me ferait plaisir…

Je n’ai pu me retenir de prendre sa main pour l’attirer à l’intérieur du bureau et je l’ai embrassée délicatement. Mr Toussain en a fait autant, lui et moi étions toujours incapables de prononcer un seul mot :
-Eh-bien, que proposez-vous ? a repris Angeline.
Son ton enjoué et son sourire bienveillant nous ont enfin tirés de notre torpeur ridicule, Mr Toussain a alors entrepris de lui expliquer l’état de nos recherches :
-Je suis entièrement d’accord avec vous, le commerce n’a rien à faire dans cette histoire ! a approuvé notre amie, je peux, en revanche, rouvrir mon carnet d’adresses et solliciter des appuis hauts placés. Un préfet encore en exercice ferait-il l’affaire ? J’ai peut-être aussi un ministre dans un coin mais je ne garantis pas son efficacité s’il a quitté son poste. Depuis le temps, c’est bien possible malheureusement.
-Euh, un préfet pourrait suffire…
-C’est entendu, je le contacte immédiatement, que dois-je lui demander ?
-Il faut interrompre la procédure de récupération de la concession par la mairie et trouver des fonds pour restaurer…
-C’est compris, passez-moi le téléphone je vous prie !
Angeline s’est assise sur le coin du bureau encombré par nos notes et les annuaires téléphoniques que nous avions éparpillés pour trouver les adresses des entrepreneurs de pompes funèbres susceptibles de nous proposer des devis. Elle a sorti un très bel agenda de son sac et a suivi du bout de ses doigts artistiquement manucurés une longue liste de noms :
-Le voilà ! Pouvez-vous composer le numéro pour moi, s’il vous plaît, je n’ai pas pris mes lunettes.
J’ai obéi et me suis assis pour écouter la suite, je ne croyais toujours pas à ce que je voyais : notre délicieuse amie avait croisé ses jambes avec grâce et s’amusait à faire tourner son pied libre autour d’un point imaginaire.
-Je suis bien au cabinet de monsieur le préfet ? Bonjour madame, pourriez-vous prévenir Monsieur le préfet que je désire lui parler de toute urgence ? De la part d’Angeline Bollet, B-O-L-L-E-T, c’est cela, Angeline !

Elle nous a fait un petit signe d’apaisement en attendant la réponse :
-Il est en réunion ? Insistez quand -même, je vous en prie, c’est très important !

Je me demandais si un être humain était capable de refuser quelque chose à une voix aussi câline. Même une femme ne pouvait résister, c’était évident ! La conversation a en effet repris quelques secondes plus tard :
-Oui, mon cher, vous êtes un amour ! Je sais… Vos messages m’ont fait beaucoup de bien, je vous assure… Je vais mieux… je me proposais de me faire offrir une tasse de thé un de ces après-midi… A votre bureau, tout de suite ? J’arrive, je saute dans un taxi et… C’est trop gentil, je ne sais… Je suis au cimetière, je vais vous expliquer tout cela, merci, merci de tout mon cœur !
Angeline a sauté sur ses pieds, lissé sa jupe, s’est repoudré le nez et nous a quittés en souriant :
-Il m’envoie son chauffeur. Alors, nous avons dit : stopper la reprise de concession, remettre en état le monument, c’est un devoir républicain, pour l’histoire de notre ville, pour honorer un héros, etc, etc… Oh et puis non, je ne vais pas parler du devoir républicain, notre Louison était un prêtre missionnaire, le préfet ne peut pas accéder à ce genre d’argument ! Nous verrons bien, de toute façon, il ne peut rien me refuser. Valentin, je vous retrouve ce soir chez Thomas, c’est entendu !

J’ai posé mes coudes sur mes genoux, mis ma tête dans mes mains et me suis frotté énergiquement les cheveux :
-Nous venons d’assister à une métamorphose ! ai-je murmuré.
-A une résurrection, plutôt !
-J’ai l’impression qu’une tornade est passée dans cette pièce !
-Le mot n’est pas trop fort, si vous n’étiez pas avec moi, je pourrais penser avoir rêvé !
-Il reste son parfum !
-Allons, reprenons-nous mon jeune ami, Angeline va nous offrir la solution sur un plateau préfectoral, nous pouvons accélérer le dossier de financement en préparant un premier devis, allons voir le marbrier d’à côté.
Nous avons choisi deux modèles qui pouvaient se rapprocher de la chapelle initiale, malheureusement, entre l’édifice, la gravure des lettres, leur dorure… La note se révélait très lourde ! Je commençais à envisager l’organisation d’une souscription sur la commune ou, pourquoi pas, le département ; notre amie n’hésitait pas à déranger un préfet, elle!

Nous-nous sommes retrouvés le soir même, comme convenu, sur la tombe du jeune Thomas. Angeline était resplendissante : ses cheveux blancs s’échappaient avec grâce de son joli chapeau, le vent les faisait danser légèrement autour de son visage rajeuni par son maquillage artistique ; elle souriait.
-Il attend votre devis, les travaux pourront commencer quand vous le voudrez, nous a-t-elle annoncé sans feindre sa satisfaction.
-Et la concession ?
-C’est arrangé, le maire a déjà donné son accord.
-Vous êtes une magicienne !
-Je suis surtout une amie très proche de la femme du préfet, nous étions à l’école ensemble. Et puis, mon carnet d’adresses a rendu quelques services à son charmant époux lorsque celui-ci briguait le poste qu’il occupe actuellement. Quand commencerez-vous ?
-Mr Toussain va vous donner le devis, il n’y aura plus qu’à le signer. Tout de même, la somme est conséquente !
-Aucune importance, oublions cela ! Thomas est-il là ?
-Je ne sais pas, je n’ai rien entendu pour l’instant…

Nous sommes restés silencieusement assis sur la pierre tombale en attendant la visite espérée ; notre patience n’a heureusement pas été mise à rude épreuve.
-Maman est très belle aujourd’hui.
J’ai serré le bras d’Angeline.
-Bonsoir Thomas !
-Bonsoir Valentin ! Dites-lui que je la trouve très jolie, s’il vous plaît !
-Votre fils vous trouve très en beauté ce soir.
-Il est content ?
-Bien sûr, je retrouve ma vraie maman, ça faisait longtemps !
-Mon cher Thomas, voudriez-vous m’accompagner un peu plus loin, votre mère va nous attendre quelques instants ici, ai-je demandé.
-Je vous suis !
Angeline m’a jeté un regard interrogateur mais elle n’a pas protesté.

-Savez-vous où se trouve votre père ? ai-je repris en baissant la voix.
-Il est retourné vivre dans notre maison à la montagne.
-Seul ?
-Bien sûr !
-Bon ! Je me demande s’il serait intéressant de le contacter pour lui donner des nouvelles d’Angeline ?
-Ce serait très gentil de votre part.
-Pouvez-vous m’indiquer son adresse ?

J’ai noté les renseignements et nous sommes retournés près de la tombe. Noémie venait d’arriver, elle parlait avec Mr Toussain :
-La note est salée ! Vous êtes sûre que le préfet va accepter de financer tout cela ?
-Il ne mettra pas la main à la poche, rassurez-vous ! S’est exclamée Angeline. Ses relations sont nombreuses : des banquiers aux entrepreneurs en passant par la caisse des monuments historiques, aucun problème, je vous le certifie. J’ai juste à veiller à ce qu’il ne nous néglige pas et, pour cela, je saurai le harceler gentiment. Valentin, s’il vous plaît, dites-moi plutôt comment va mon fils !

22/05/10

Le poulain a deux mois!




Il est revenu tout près de chez nous avec sa maman qu'il tête encore.

Dernier vol, X:


X

J’ai tout raconté à Carmen qui a été patiente car elle m’a écouté sans m’interrompre malgré mes propos décousus. J’avais l’impression de déballer le contenu d’une grosse malle pleine d’objets hétéroclites. Il était urgent de mettre de l’ordre dans tout ce fatras, Carmen a pris les choses en main :
-Tu devrais me parler plus souvent. Il y a un sacré fouillis dans cette jolie tête là, je trouve !
-Tu te moques de moi !
-Pas du tout ! J’ai un mari nuageux qui virevolte dans ses pensées et qui a besoin d’être ramené sur terre, c’est très attendrissant ; je t’aime ainsi mais, ce soir, tu dois redescendre parmi nous et regarder un peu les choses en face.
-Tu crois que je dois arrêter mes visites au cimetière ?
-Tu dois faire ce que l’on te demande au contraire !
-Je pensais que tu trouverais toute cette histoire ridicule…
-Tu me prends pour une idiote ? Je sais parfaitement ce qu’il se passe là-bas chaque soir. J’ai même rendu visite à Mr Toussain deux fois et puis j’ai rencontré Noémie.

En entendant cette révélation, j’ai cru que le ciel me tombait sur la tête ! Je ne savais pas si je devais me sentir vexé, soulagé… Mon jardin secret était découvert !
-Tu m’as suivi ?
-Tu es trop rêveur pour m’obliger à cela ! Disons que je t’ai surveillé.
-Tu n’avais pas confiance en moi !
-Oh, si j’ai confiance, la question n’est pas là. Je suis tout bêtement curieuse et je veux connaître tes fréquentations. J’ai bien compris qu’il se passait des choses, j’ai simplement voulu savoir lesquelles. Donc, si je comprends bien, tu dois retrouver le fameux Louis MICHEL pour lui révéler l’histoire d’amour de ses ancêtres et pour sauver son je ne sais plus combien de fois arrière-petit-fils.
-En très résumé, oui.
-Il faut commencer par le commencement : tu dois remettre cette tombe en état et lui rendre son mort d’origine pour que cette aventure prenne une consistance digne de foi.
-Ça ne te dérange pas de savoir que mes patrons sont des morts ?
-Ce sont plutôt des… clients !
-Qu’est-ce que je dois faire ?
-Tu retourneras au cimetière demain soir, comme d’habitude et tu accepteras cette mission.
-Cela ne te dérange pas ?
-Tu dois sauver cet enfant, en tout cas, tu dois essayer ! Mon opinion n’a aucune importance. Et puis, il y a Angeline avec son petit Thomas, tu devrais faire un peu plus attention à ce garçon, il pourrait mal tourner.
-Je te rappelle qu’il est un peu mort lui aussi !
-Taratata ! Il a 15 ans, c’est un adolescent et il a besoin de ses parents.
-Mais, ils sont vivants !
-Et alors ? Angeline doit retrouver son mari qui n’est pas mort et qu’elle aime toujours.
-Après ce qu’il lui a fait !
-Il a subi une punition suffisamment longue et puis, sa femme mérite d’être aidée elle aussi. Leur souffrance a assez duré.
-D’accord mais ça ne ramènera pas leur fils.
-Ça les apaisera.
-Si tu le dis.
-Ne fais pas ta mauvaise tête, si ils sont à nouveau réunis et qu’ils retrouvent un peu de sérénité, leur fils pourra reposer en paix, c’est simple.
-Je t’admire !
-C’est normal !
-Sans rire, tu m’épates !
-Je simplifie ta vie, c’est une question d’organisation et comme tu n’en n’as aucune (en dehors de ton travail heureusement) je remplis mon rôle d’épouse : je te complète. Cela dit, tu m’étonnes aussi.
-Pourquoi ?
-Parce que tu es comptable ! Un homme de chiffres qui vit dans les nuages, c’est un peu paradoxal, tu ne trouves pas ?
-Les nuages, je les compte, comme les moutons ! Et puis, derrière les nuages, il y a les étoiles, des milliers…
-J’aimerais les contempler avec toi.
-Il existe un moyen très agréable pour y parvenir. Madame, si vous voulez bien me suivre…

Elle n’a pas résisté et nous avons bien voyagé.

Une question trottait dans ma tête : comment pouvait-elle savoir qu’Angeline aimait toujours son mari ? Ses explications ne m’ont pas convaincu mais son assurance m’a ébranlé :
-Elle a trop voulu se venger quand il l’a trompée, c’est évident ! Elle s’est enfermée dans son chagrin en même temps que dans la solitude ; à présent, elle attend qu’il vienne la chercher.
Devant mon air perplexe, Carmen a haussé les épaules :
-Les hommes manquent totalement d’esprit logique ! a-t-elle conclut en m’embrassant.

*

Carmen a joint le geste à la parole en rédigeant un plan d’action pour m’éviter des pertes de temps : mon premier travail consiste à rénover la tombe de Louison. Parallèlement, je dois continuer mes entretiens avec ce dernier pour obtenir un maximum d’informations sur le fameux Louis MICHEL que je dois rencontrer de toute urgence. Il me faudra ensuite contacter son fils Jean-Pierre, âgé d’une cinquantaine d’années, afin de retrouver le fameux Vincent, lequel semble mettre tout en œuvre pour foncer droit dans un mur de prison. Mission simple et facile, un enfant de deux ans s’en sortirait aisément!

Je suis allé au cimetière avec résignation et j’ai demandé à Mr Toussain de m’indiquer la marche à suivre pour la tombe :
-Le problème, c’est que vous n’avez aucun lien de parenté avec le mort et, par conséquent, aucun droit sur cette concession, m’a-t-il répondu.
-Je peux m’appuyer sur sa valeur historique !
-L’histoire ne pèse pas lourd face à des considérations financières. Dans le cas fort peu probable où la mairie accepterait votre intervention, vous devrez payer la réfection du monument.
-Je peux chercher un sponsor.
-Ah oui, lequel par exemple?

Le ton de sa réponse n’était pas dénué d’ironie… Personnellement, je n’aurais vu aucun inconvénient à solliciter l’union des commerçants de la ville, la quinzaine commerciale approchait, le moment était bien choisi.
-Vous pensez vraiment ce que vous dites ? Vous voulez voir un monument funéraire couvert de logos représentant des pneus de voiture, des vélos, des hamburgers, que sais-je encore ? Pourquoi pas un défilé de majorettes le jour de l’inauguration pendant que vous y êtes !
-Tous les moyens sont bons quand il y a urgence !
-Mon cher ami, ma réponse est « non » ! Je refuse définitivement de transformer mon cimetière en panneau publicitaire ! En revanche, un soutien politique et administratif pourrait peut-être débloquer cette situation. Je vous propose de passer dans mon bureau afin d’établir ensemble un protocole d’action.