La saison estivale m'oblige à négliger un peu trop cette histoire, je vous en livre aujourd'hui la fin, en espérant que vous avez aimé.
Bonne lecture!
Pascale B.
XIXLe soir même, à l’heure habituelle, je me suis mis en contact avec Louison. Il était d’humeur joyeuse, la venue de sa famille lui avait fait très plaisir.
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Vous avez enfin obtenu leur participation, je ne savais pas à quel point la visite des vivants pouvait être aussi agréable !
-Ils n’étaient pas très enthousiastes.
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Ils sont venus, c’est l’essentiel ! -Reste à obtenir la visite de votre arrière-petit-descendant Vincent.
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Il viendra !-Si vous le dites…
-Vous me semblez découragé, ça ne vous ressemble pas. Juste au moment où les évènements prennent enfin une bonne tournure !-Je suis préoccupé.
-Ah bon ? Tant pis ! Excusez-moi, j’ai beaucoup de choses à faire et je dois vous quitter. Thomas a quelque chose à vous dire.-Mais c’est moi qui ai quelque chose à annoncer !
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Au revoir, gardez confiance !Voilà ! Je rends service, j’ai plein de problèmes graves et on m’abandonne. J’aurais pourtant bien eu besoin de son avis concernant mon projet.
-Oh ! Une dernière chose avant de vous quitter, a ajouté Louison : faites ce que vous avez prévu de faire, c’est une excellente idée ! Pour le nom de votre agence, je suggère : « Dernier vol », c’est sportif et ça sonne plutôt bien, non ?Noémie a, elle aussi, immédiatement adhéré à l’idée de créer une agence consacrée aux dernières volontés :
-J’ai une foule d’idées à proposer ! Cependant, je dois prendre mon âge en compte.
-Pourquoi ?
-Mais, mon petit, je ne suis pas éternelle et je me fatigue vite vous savez ! Je vais avoir besoin d’un assistant que je formerai et qui me remplacera le moment venu.
-Ma chère amie, rien ne presse et nous n’avons pas encore commencé !
J’ai alors entendu Thomas tandis que sa maman arrivait justement avec son père :
-Salut ! J’ai entendu dire que vous alliez créer une agence pour les dernières volontés ?-C’est exact, j’y pense… Tout cela n’est encore qu’une idée, il va falloir travailler sérieusement pour la concrétiser.
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Parlez-en à maman, elle a plein de relations et vous réglera ça vite fait.-Je n’en doute pas mais je n’ai encore réalisé aucune volonté d’aucun mort et je ne sais pas…
-Bonjour Valentin, vous êtes en ligne ? m’a gentiment demandé Angeline.
-Bonjour Angeline, Thomas est justement là !
-C’est parfait : j’ai une grande nouvelle à vous annoncer !
-Nous vous écoutons.
-Mon mari et moi allons nous remarier !
-C’est merveilleux ! S’est exclamé Mr Toussain, avez-vous fixé une date ?
-Nous pensons au mois prochain, le temps de régler les formalités.
Pendant que tout le monde félicitait les futurs époux, Thomas s’est à nouveau manifesté :
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Eh bien, vous venez d’accomplir votre première « dernière volonté ».-Tu peux m’expliquer ?
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J’ai toujours souhaité du plus profond de mon cœur que mes parents se réconcilient et qu’ils reprennent leur vie commune. Je l’ai même écrit dans un cahier juste avant de mourir, vous pouvez vérifier.-Je n’ai pas la date exacte mais je sais déjà comment nous organiserons notre fête ! A déclaré le père de Thomas, Angeline désire absolument déguster une côte de bœuf.
-Cuite au barbecue bien entendu, a ajouté notre amie en nous faisant un clin d’œil malicieux.
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Et de deux ! m’a crié Thomas.Je pense qu’il m’aurait volontiers tapé sur l’épaule s’il avait pu le faire!
-Deux quoi ?
-Deux « dernières volontés bien sûr » ! C’est un signe, il faut foncer maintenant !Le soir même, notre équipe se réunissait pour la première fois sous la houlette de Carmen qui tenait absolument à faire partie du bureau directeur à mes côtés :
-Je ne peux pas le laisser gérer quoi que ce soit tout seul, il est tellement rêveur ! a-t-elle cru bon de préciser en me montrant du doigt.
Ce à quoi j’ai répondu, quelque peu outré :
-Je ne suis quand même pas un enfant !
Personne n’ayant cru bon de confirmer cette évidence, le débat a continué sur le choix du nom de notre entreprise :
-« Dernier vol », ça fait plutôt penser aux avions, a estimé Noémie.
-Ou à une entreprise de suicide, a ajouté Mr Toussain.
-Faisons confiance à Louison, a décidé Angeline, nos services passeront par les pompes funèbres qui éviteront toute confusion désastreuse.
-Nous pourrions aussi créer un site internet dont la page de présentation donnera toutes les précisions nécessaire, a suggéré Carmen.
-Reste à déterminer le nombre d’employés dont nous aurons besoin, ai-je ajouté, le mieux étant de commencer sans aide et de voir au fur et à mesure.
Mon avis a été approuvé et nous avons porté un toast à la naissance de notre association.
-Association d’utilité publique ! A précisé Mr Toussain.
Quelques jours plus tard, alors que nous commencions à rechercher un collaborateur pour Noémie, le jeune Vincent Michel a fait son apparition. Le jeune homme s’est présenté à la loge du gardien pour se faire indiquer la sépulture de son ancêtre. Mr Toussain était absent et Noémie assurait l’intérim. La vieille dame de plus de quatre-vingts ans a tout de suite sympathisé avec le jeune garçon de vingt ans. Elle l’a conduit jusqu’à la tombe, il l’a suivie avec gentillesse, lui qui avait pris la détestable habitude d’agresser les personnes âgées pour les délester de leurs économies… Je ne suis pas croyant mais là, j’appelle une telle rencontre un miracle ! Comment Noémie a-t-elle pu le séduire aussi instantanément ? Mystère… Toujours est-il que nous avons signé un premier contrat d’embauche le soir même.
Notre aide jardinier s’est vite révélé indispensable : il seconde sa vieille amie avec courtoisie et attention. C’est assez drôle parce qu’il continue à dire pis que pendre des « vieux qui ne fichent rien à part embêter les jeunes sans avenir, qui sentent mauvais et qui gardent leurs sous au fond de leurs armoires sans jamais en faire profiter les autres… »
- Oui mais Noémie n’est pas vieille ! précise-t-il quand nous évoquons l’âge de sa nouvelle amie.
-Elle a quand même plus de quatre-vingts ans !
-C’est pas pareil. Elle ne les mérite pas !
Tout est dit ! Vincent a décidé d’aimer cette dame sans se préoccuper de son âge :
-Elle se fiche du mien et elle a bien raison ! Nous nous sommes trompés de génération, c’est tout. Si j’avais soixante ans de plus, je la demanderais en mariage.
De son côté, notre amie semble rajeunir chaque jour davantage :
-Si j’avais soixante ans de moins…. Cet enfant est mon cadeau du ciel, il sera mon soutien quand je serai vieille !
-Il me semble que vous avez encore du temps devant vous !
Cet amour soudain n’a cependant pas troublé le sens des responsabilités de la dame sans enfant. Elle a décidé Vincent à s’inscrire pour une formation en horticulture, il a obtempéré sans discuter. Nous espérons pour lui l’obtention d’un B.E.P. pour le mois de juin prochain.
J’ai présenté ma démission à mon chef de service qui n’a pas cherché à me retenir. Pour permettre à notre banquier de dormir sans risquer l’ulcère à l’estomac, Carmen a gardé son travail de secrétaire. Elle m’aide pour les paperasses qui ne sont pas encore trop lourdes.
De son côté, Angeline prépare son mariage, elle est moins souvent mélancolique et elle garde l’habitude de s’habiller avec beaucoup de chic. Thomas a décidé de nous laisser sa tombe en accès illimité, il y est trop souvent dérangé :
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J’en ai marre, cette sépulture est un véritable moulin à vent ! Je ne sais pas comment ça se passe de votre côté mais ici ! Louison vous fait une publicité du « feu de Dieu » ! Les gens se bousculent au portillon. Il a décidé de fonder une association de soutien aux âmes déçues !!! Je me demande s’il a bien pris la mesure de la tâche! Mais, rassurez-vous, il trie les demandes et choisit celles qui ont le plus de chances d’aboutir. Sa femme lui sert de secrétaire.-Et toi, que vas-tu faire ?
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J’ai rencontré une copine…-C’est formidable !
-Elle est morte l’année dernière dans un accident de la route. Nous allons partager sa tombe pour laisser la mienne disponible. Attention ! Je passerai quand même de temps en temps pour dire bonjour !-Je l’espère bien ! Comment s’appelle ton amie ?
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Cécilia, joli n’est-ce pas ? Elle sera là pour le mariage de mes parents.-Je vous souhaite tout le bonheur possible !
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C’est encore un peu tôt pour s’engager mais ça serait bien si on pouvait s’aimer toujours. Je ne veux pas la brusquer.-Rien ne presse.
-Non, c’est mieux de vivre un peu ensemble avant de prendre des engagements. On ne sait jamais…-Oui parce qu’un mariage dans l’au-delà, c’est pour l’éternité !
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Et l’éternité, c’est long ! -Au revoir Thomas et à bientôt !
Epilogue :Angeline s’est remariée. Comme prévu, elle a organisé un barbecue sur la tombe du père de Martin. La famille du défunt était présente pour honorer la dernière volonté du papa. C’était la nuit du Beaujolais nouveau. Nous avons célébré ce breuvage en dégustant une côte de bœuf de premier choix ! Vincent s’est occupé des détails techniques et la soirée s’est déroulée sans anicroche. Mr Toussain craignait d’attirer la police avec la fumée et l’odeur de notre repas :
-Vous vous rendez compte ? Ils vont croire que des profanateurs sont à l’œuvre ! Avec tout ce qu’il se passe en ce moment !
-Angeline connaît le préfet personnellement, je crois même qu’elle a rencontré le commissaire de police de notre ville.
-Absolument, a confirmé la jeune mariée, il est au courant et il nous rejoindra un peu plus tard pour partager une coupe de champagne. N’ayez aucune inquiétude mon cher Toussain !
Ce dernier ne semblait pas convaincu :
-La pierre tombale va être noircie, ça va faire désordre !
-C’est normal pour un barbecue d’être encrassé ! S’est exclamé Vincent.
-Celui-ci fait office de sépulture figurez-vous ! J’ajoute qu’il est dans « mon » cimetière et que je tiens à la bonne tenue de mes allées !
-Oh ! Si ce n’est que ça, je vais vous le nettoyer moi, votre barbecue, a répondu le jeune homme, ça ne sera pas plus difficile que d’effacer les tags !
-Vous savez effacer les tags ?
-Ce que l’on peut faire, on peut le défaire, ne vous faites pas de souci !
-Me voilà rassuré, merci ! Quelle aventure tout de même, a-t-il ajouté en baissant la voix.
-Faites-lui confiance, c’est tout ce dont il a besoin pour être heureux, l’ai-je rassuré en lui passant le bras autour des épaules. Au fait, je dois vous signaler que notre agence a reçu un premier appel ce matin !
-Vraiment ? Mais vous avez ouvert ce matin justement !
-C’est bon signe, non ?
-De quoi s’agit-il ?
-Une jeune fille dont la maman est décédée le mois dernier. Cette dernière écrivait des livres et n’avait pas encore trouvé d’éditeur. Sa fille voudrait lui faire ce dernier plaisir mais elle ne connaît pas le monde de l’édition, elle cherche des contacts.
Nous nous sommes regardés en riant et avons appelé d’une seule voix :
-Angeline !